La Fashion Week, c’est le moment où la mode enlève ses chaussures raisonnables et part courir sur les murs. 😏
Depuis le 28 septembre, Paris accueille la Fashion Week femme printemps-été 2027. Le calendrier officiel court jusqu’au 6 octobre, après New York, Londres et Milan. Et cette saison, une chose est sûre : personne n’a décidé de jouer petit.
Entre silhouettes presque irréelles, références historiques, politique, lingerie portée comme un vêtement, volumes spectaculaires et noms de maisons qui pourraient provoquer un malaise à Gérard du marketing, la mode parle fort.
Alors plutôt que de te faire un énième résumé du genre « voici les 7 tendances à acheter immédiatement », on a eu envie de regarder la Fashion Week pour ce qu’elle est vraiment : un laboratoire géant, parfois brillant, parfois déroutant, et souvent beaucoup plus intéressant quand on arrête de demander : “mais qui va porter ça ?”
Note de la rédaction : les photos qui illustrent cet article sont des images d’archives sous licence Creative Commons. Elles ne montrent pas les défilés 2026 cités dans le texte.

Archive Paris Fashion Week 2024. Photo : Kooyuh, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Paris 2026 : bienvenue dans le grand théâtre
La Fédération de la Haute Couture et de la Mode programme cette édition parisienne du 28 septembre au 6 octobre 2026, avec les collections prêt-à-porter femme printemps-été 2027.
Autrement dit, ce que tu vois aujourd’hui sur les podiums n’est pas censé remplir ton dressing demain matin. Les maisons présentent une vision de la saison future, et cette vision est souvent volontairement amplifiée.
Un défilé doit créer une image, une émotion, une discussion. Il peut raconter une époque, une obsession, une colère, un fantasme ou simplement une nouvelle manière de construire un vêtement.
La Fashion Week n’est donc pas un catalogue. C’est plutôt un énorme laboratoire avec des projecteurs, des célébrités, beaucoup trop de téléphones levés et quelques idées qu’on ne verra probablement jamais au rayon pantalons d’un mardi matin. 😂
Oui, la maison Matières Fécales existe vraiment
Commençons par l’éléphant dans la pièce.
Matières Fécales.
Oui. C’est bien le nom de la marque. Et non, ce n’est pas Gérard SEO qui a perdu un pari.
Mais réduire le duo Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran à son nom provocateur serait passer complètement à côté de ce qu’il fait.
Leur défilé printemps-été 2027, présenté place de la République, s’intitule The 99 Percent. La collection a réuni 99 mannequins racisés et mêlé références religieuses, vêtements volontairement malmenés, silhouettes couture et messages de contestation.
Le lieu n’était pas anodin non plus. La place de la République, associée aux rassemblements populaires et aux manifestations, faisait partie intégrante du discours du show.
On peut aimer, détester, rester perplexe devant certaines silhouettes. Mais là, on n’est plus vraiment dans « est-ce que cette jupe affine la taille ? ». On est dans une performance qui utilise le vêtement pour parler de représentation, de pouvoir et d’appartenance.
Et ça rappelle quelque chose d’important : parfois, un défilé n’essaie absolument pas de nous vendre une tenue portable. Il essaie de raconter quelque chose.

Street style à Paris pendant une Fashion Week, archive. Photo : FotoFern, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Dior : quand les grandes maisons desserrent le corset
Chez Dior, Jonathan Anderson poursuit sa relecture des codes de la maison.
Le défilé présenté aux Tuileries a mélangé romantisme, vêtements plus relâchés, matières précieuses et éléments beaucoup plus quotidiens. Des pièces historiquement très structurées ont été assouplies, déplacées, rendues moins figées.
C’est intéressant parce que derrière tout le spectacle, on retrouve une idée qui traverse une partie de la mode actuelle : le chic n’a plus forcément envie d’avoir l’air impeccable au millimètre.
Une chemise peut être ouverte. Une silhouette peut sembler presque inachevée. Une matière luxueuse peut côtoyer quelque chose de volontairement plus simple.
La perfection très polie commence à laisser de la place à une forme de désordre contrôlé. Et, entre nous, ça fait parfois du bien de voir un vêtement respirer au lieu de se tenir au garde-à-vous.
Ester Manas : le podium rencontre enfin les vrais corps
Autre moment intéressant de ce début de Fashion Week : le retour d’Ester Manas au calendrier parisien après plus de deux ans sans défilé.
La marque est connue pour son travail sur les tailles et pour des vêtements pensés autour de corps différents. Pendant sa pause, le duo fondateur explique avoir aussi beaucoup travaillé avec ses clientes réelles, ce qui a nourri sa nouvelle collection.
Et là, forcément, nos oreilles se dressent.
Parce qu’il existe un fossé immense entre une mode imaginée uniquement pour produire une belle image et une mode qui pense aussi au corps qui va vraiment entrer dans le vêtement.
Le podium n’a pas besoin de devenir banal pour être plus inclusif. Il peut rester créatif, sensuel, bizarre, spectaculaire, tout en montrant plusieurs façons d’habiter un vêtement.
Les deux ne sont pas incompatibles.

Image d’illustration d’un défilé. Photo : Dominique Montgomery, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
Pourquoi la mode devient-elle parfois complètement lunaire ?
Parce qu’une jolie robe ne suffit plus toujours à créer un événement.
Aujourd’hui, un show doit circuler sur Instagram, TikTok, dans la presse, dans les vidéos de réaction et dans les conversations. Il doit parfois devenir un spectacle avant même d’être une collection.
Résultat : les volumes grossissent, les maquillages se transforment, les silhouettes se radicalisent et certaines propositions deviennent presque des installations artistiques.
Est-ce toujours réussi ? Bien sûr que non.
Il arrive qu’on assiste à un moment d’une beauté folle.
Il arrive aussi qu’on regarde l’écran en silence pendant trois secondes avant de demander : « Mais… pourquoi elle a un rideau sur la tête ? » 😂
Les deux réactions sont autorisées.
Mais alors, à quoi sert vraiment la Fashion Week ?
À lancer des conversations.
À montrer de nouvelles proportions.
À tester des associations de couleurs ou de matières.
À faire revenir des références oubliées.
À provoquer.
À faire rêver.
Et parfois à créer une idée si excessive sur podium qu’elle reviendra six mois plus tard dans une version totalement portable sans que personne ne se souvienne vraiment d’où elle vient.
C’est souvent comme ça que la mode descend du podium vers la rue : elle perd 70 % de son volume, 90 % de son théâtre, et garde juste la petite idée qui fonctionne.
Ce qu’on regarde, nous, plutôt que les “tendances obligatoires”
Pas question ici de décréter qu’une femme devra porter telle couleur ou telle jupe au printemps prochain parce qu’un mannequin l’a fait trois minutes sous des spots.
Ce qui est plus intéressant, c’est de regarder les mouvements de fond.
En ce début de Fashion Week parisienne, on voit déjà beaucoup de contrastes : du romantisme avec du brut, du très construit avec du relâché, de la transparence avec des pièces lourdes, du spectaculaire avec des vêtements presque simples.
Et surtout, on sent une envie de personnalité.
La mode semble avoir moins envie d’être parfaitement sage.
Ça, en revanche, on prend. 😏
Au fond, faut-il comprendre la Fashion Week ?
Pas forcément.
On peut regarder un tableau sans avoir fait les Beaux-Arts. On peut écouter une chanson sans savoir jouer du piano. Et on peut regarder un défilé sans connaître la construction d’un corsage en biais coupé à 32 degrés sous Mercure rétrograde.
On peut juste observer.
Adorer une silhouette et trouver la suivante atroce.
Être fascinée par un détail et ne rien comprendre au reste.
Et rire aussi, parce que la mode n’est pas obligée d’être traitée comme une religion.
La Fashion Week est peut-être la plus intéressante exactement à cet endroit : entre le génie, l’excès, l’artisanat, le commerce, la provocation et le grand “mais qu’est-ce que je regarde ?”.
Et franchement… tant qu’elle réussit encore à nous faire parler, elle n’a probablement pas complètement raté son coup. 🪽
Sources consultées
Fédération de la Haute Couture et de la Mode – calendrier officiel Paris Fashion Week printemps-été 2027
Vogue France – Matières Fécales, printemps-été 2027
Vogue – Matières Fécales Spring 2027
Vogue France – retour d’Ester Manas à la Fashion Week
Associated Press – Dior printemps-été 2027 à Paris
Wikimedia Commons – crédit photo Paris Fashion Week
Wikimedia Commons – crédit photo street style Paris
Wikimedia Commons – crédit photo podium
0 commentaire